L'inconnu aubergine
Il est arrivé en début d'après-midi, emmitouflé. Le mois de décembre est assez vif, bien trop frais. Sur le site, il promettait de longues jouissances et quelque chose de partagé, de sensuel. Quand il passe la porte, son baiser, franc, direct, a quelque chose de sucré. Sa première demande ? Prendre une douche, il me dit qu'il est manutentionnaire et qu'il travaille sur un chantier. L'odeur me plaît pourtant beaucoup. Sorti de la salle de bains, nu, sa queue brune large lourde est déjà dressée et de sa poche, il sort un viagra qu'il gobe immédiatement. Il m'enlace, sa langue fouille, sa voix est toute douce. Il me dit que je suis sa chienne, quelques secondes après, il tente de me prendre sans gel, ni capote et sans m'avoir demandé quoi que ce soit. Il accepte de freiner, je lui demande d'éviter ce qui peut ressembler à une insulte, il me dit qu'il comprend et ne cessera d'utiliser le mot chienne. Quelques brefs instants après il jouit, il me dit que c'est comme ça qu'il va recommencer. Il recommence, c'est devenu particulièrement mécanique, vide, froid. Il retourne à ses vêtements trop légers que j'ai pliés sur un siège, l'affection qu'il semblait me porter s'est envolée. "Je préfère les femmes", me dit-il "ça c'est juste pour me vider, ne le prends pas mal." Mais non. "Oui, je sais", lui répondis je, "certains garçons sont comme ça". Je lui dis que je ne le méprise pas, que je ne le considère pas comme un objet sexuel. J'ajoute qu'au fond, je sais qu'il ne me méprise pas non plus. Son portable est rechargé, il se précipite vers la porte en évitant de croiser mon regard. Dans le couloir de l'immeuble, il n'y a personne, il enfonce sa casquette à trois reprises : il me dit qu'il est très discret que pour lui c'est très important de ne jamais croiser personne. Il repart enveloppé de son lourd manteau de honte, ce qui était joyeux est devenu pour lui quelque chose de pesant. Un peu plus tard, je le remercie d'être venu, je lui parle pas du plaisir que nous aurions pu prendre et que je n'ai même pas frôlé, il me dit merci avec un petit émoticône. Evidemment, son profil ne compte aucun commentaire. Sa jeunesse, sa beauté sont comme annulées par la méconnaissance qu'il a de son propre corps et de tout le plaisir qu'il ne parvient pas à en retirer. Il a 34 ans, une queue quasi parfaite dont il ne sait pas quoi faire.